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“Amadeus” à Marigny : Mozart à la folie

4 février 2026
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© David Delaplace

Au Théâtre Marigny, le metteur en scène Olivier Solivérès s’empare de la pièce Amadeus de Peter Shaeffer pour la représenter sur un immense plateau, avec son petit frère Thomas Solivérès dans le rôle du jeune Mozart, dans l’ombre maléfique du jaloux Salieri incarné par Jérôme Kircher. Les chanteurs et les musiciens sont sur scène pour camper le tourbillon viennois du 18° siècle, nous sommes pratiquement au cinéma, dans le film de Milos Forman, sauf qu’ici tout est vrai et interprété de manière magistrale, pour tous les publics.

Le rire démoniaque du jeune Mozart

Pour tous ceux qui n’auraient pas vu le film de Milos Forman Amadeus, primé par huit Oscars en 1984, rappelons qu’il produisit l’effet d’une bombe dans le monde du cinéma et de la musique. Le cinéaste tchèque Milos Forman s’était basé sur la pièce éponyme de l’Anglais Peter Shaffer, en racontant le génie musical et la vie fulgurante, incroyable de Wolfgang Amadeus Mozart, par la bouche d’un autre musicien plus âgé et très installé à la cour de Vienne, l’Italien Antonio Salieri. Dans la pièce et le film, Salieri se confie au public et avoue son crime par jalousie : c’est lui qui a tué Mozart, et lui a dérobé ses partitions. Cette légende avait été soutenue par l’écrivain russe Pouchkine, auteur d’une pièce à ce sujet. Mais le succès du film tient, en dehors de la maestria créatrice de Forman, à la géniale prestation de Tom Hulce, étourdissant dans le rôle de Mozart face à Murray Abraham démoniaque Salieri. Olivier Solivérès, heureux auteur de l’adaptation du Cercle des Poètes disparus, Molière du metteur en scène d’un spectacle de théâtre privé en 2024, a réuni une distribution de choc pour faire revivre efficacement cette pièce puissante et nous transporter dans la Vienne de la fin du XVIIIe siècle. 

© David Delaplace

Un casting parfait

Dans le rôle imposant de Salieri, narrateur proche de la mort au tout début de l’histoire, et qui va peu à peu reprendre vie et mordant au milieu des salons mondains et à la cour de l’empereur Joseph II, Jérôme Kircher, le visage buriné et le corps enveloppé d’un peignoir de soie rouge damassée, se révèle prodigieux et méconnaissable. Véritable fil directeur de l’histoire, il quitte progressivement sa pénombre maléfique, dont Satan est davantage le fidèle protecteur que Dieu, pour apparaître jeune et guilleret, séducteur et ambitieux, dans des costumes d’apparat à la cour. L’acteur tient le rôle durant les deux heures du spectacle, véritable mémoire de cette période ou se tissent les jalousies et les inimitiés, face à un drôle de zèbre nommé Mozart, enfant prodige qui a déjà traversé l’Europe avec ses concerts, âgé de 7 ans seulement. Il faut avouer que Thomas Solivérès, habillé et coiffé comme Tom Hulce dans le film de Forman, est totalement renversant de folie, de fantaisie et de génie artistique. Cheveux blonds rosé et énergie tonitruante, l’acteur bondit comme un cabri sur le plateau, distribue des bons ou des mauvais points, joue du piano de face et de dos, le corps renversé, dirige un orchestre et surtout fait sonner en cascade un rire sonore qui déferle sur tous les personnages. Il est Wolfgang, grossier, scatologique mais d’une intelligence fulgurante, d’une énergie incroyable. La symbiose ici a parfaitement réussi.

© David Delaplace

Quatorze interprètes

Des voiles irisés font office de décor, jouant avec la belle lumière d’Alban Sauvé, pour faire apparaître les Vintecelli, un choeur antique de voix anonymes qui bruissent de la rumeur à Vienne. Ce sont eux qui nous renseignent sur les ragots de la capitale autrichienne, sur les manigances de Salieri ou la naïveté solaire de Mozart. La pièce réunit quatorze interprètes dont des chanteurs excellents et de bons comédiens, dont Eric Berger et Laurent D’Olce. Comme dans le film, on entend les airs les plus célèbres de Mozart, Don Giovanni, l’Enlèvement au Sérail, Les Noces de Figaro, La Flûte enchantée ou le Requiem, lors de la venue du mystérieux messager annonciateur de la mort du compositeur. Musicalement, le spectacle est réussi, même si on aurait espéré une scénographie plus élaborée. Mais cela permet aux interprètes et aux groupes de musiciens de se déplacer avec fluidité, car tout se déroule à vue, ce qui donne l’impression coquine pour les spectateurs d’être les voyeurs de cette épopée humaine. Lison Pennec est une épatante Constance, et l’on saisit dans ce spectacle la difficulté pour Mozart de gagner correctement sa vie, malgré son travail acharné, ses cours, car l’argent gagné disparaissait aussitôt ! Il faut dire que Mozart, son génie et son excentricité, n’ont jamais été pleinement acceptés dans la capitale autrichienne qui reprochait au musicien d’utiliser « trop de notes ! »  Saluons cette production grand public qui a le mérite de nous faire voyager entre réalité historique et légende racontée, dans l’univers d’un génie adoré par tous.

Hélène Kuttner

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